Le rapport de la commission interministérielle sur les algues vertes est très documenté et argumenté mais il ne développe pas comment réorienter le modèle agricole breton responsable des algues vertes
Un communiqué d’André POCHON et Albert CORBEL de VivArmor Nature André OLLIVRO de Côtes d’Armor Nature Environnement Célestin LEROUX d’Eau et Rivières de Bretagne
Après l’annonce du plan gouvernemental, les militants connus et reconnus d’associations impliquées activement, depuis longtemps, dans la lutte contre les "marées vertes", VivArmor Nature, Côtes d’Armor Nature Environnement, Eau et Rivières de Bretagne, ont souhaité s’exprimer sous la forme d’un communiqué.

Le rapport de la commission interministérielle sur les algues vertes est très documenté et argumenté sur les causes des algues vertes, leur toxicité et les moyens à mettre en œuvre pour les ramasser et les traiter. Le rapport insiste sur une réglementation et des contrôles renforcés.
Par contre, il ne développe pas comment réorienter le modèle agricole breton responsable des algues vertes. Il ignore totalement l’expérience des pionniers de l’agriculture durable et des résultats obtenus sur leurs exploitations.
Il ignore le plan « Terre et Eau » conduit par l’INRA, le CEDAPA et le Conseil Général, se privant ainsi d’une expérience décisive.
LES POINTS FORTS DU RAPPORT
Les constats
la gravité du phénomène des algues vertes
l’azote en est le principal responsable, l’agriculture élevage est responsable à 80% des flux d’azote,
pour éradiquer les algues vertes il faut descendre à 10-15mg de nitrates dans les cours d’eau,
les algues vertes sont toxiques et peuvent être mortelles.
Renforcer les contrôles
déclaration annuelle des flux d’azote,
mesure des reliquats d’azote après récolte dans les exploitations (bien que cette mesure soit coûteuse et difficile à mettre en œuvre),
rebâtir un dispositif de contrôle réel sur le terrain et pas seulement virtuel sur le papier,
mise en place d’un comité de pilotage régional appuyé par un comité scientifique.
Fertilisation
limiter la fertilisation totale sur tous les bassins versants,
la répartir à la parcelle en fonction des objectifs de rendements réalistes,
attention à la surcharge animale dans certaines parcelles (le point noir des robots de traite est souligné),
améliorer la couverture hivernale des sols (difficulté avec le maïs sur maïs),
reporter au printemps les dates d’épandage,
étendre le régime des excédents structurels partout,
diminuer les cheptels excédentaires si nécessaire,
développer la méthanisation des lisiers (mais à condition de sécher les digestats pour les commercialiser vers les autres régions céréalières, vignobles, maraîchage).
Un plan de reconquête des zones humides
boisements, prairies permanentes non pâturées,
obligation si volontariat pas suffisant,
vigilance du procureur général de la Cour d’Appel dans les suivis à donner aux infractions.
LES INTERROGATIONS ET LES LACUNES DU RAPPORT
Le bilan entrée-sortie des minéraux devrait être obligatoire dans toutes les exploitations : ce bilan établi par le comptable à partir de la comptabilité matière dans chaque exploitation est le seuil moyen d’un contrôle efficace des flux d’azote, de phosphore et de potasse. Ce bilan entrée-sortie rend caduques les références du CORPEN dénoncées par la commission comme inexactes.
Ce bilan responsabilise l’agriculteur face à la réalité des flux dans son exploitation et l’amène à corriger les dérives surtout s’il y a une pénalité à la clé.
Ce bilan est donc la clé principale de la reconquête de l’eau, or il n’y est fait qu’une brève allusion dans le rapport.
Si l’épandage en hiver est dénoncé, le rapport préconise de verbaliser sur le terrain les épandages d’hiver sans dénoncer les arrêtés préfectoraux qui autorisent ces épandages. Comment verbaliser ce qui est autorisé ?
Les arrêtés préfectoraux doivent être corrigés immédiatement sur ce point précis sinon c’est encore une année de nitrates à la rivière.
La fertilisation totale admise de 210kg/ha est en retrait par rapport à celle permise sur les bassins en contentieux : 140 et 160kg/ha jugés nécessaires pour descendre en dessous de 50mg de nitrates. Comment avec 210 atteindra-t-on les 10-15mg nécessaires à l’éradication des algues vertes ? La contradiction est totale.
Alors que la nécessaire réorientation du modèle breton est soulignée et spécialement dans la note (secrète) du Préfet des Côtes d’Armor, les acteurs de cette réorientation ont été superbement ignorés lors de la consultation de la commission. Parmi les 150 personnes auditionnées ne figuraient ni les représentants du CEDAPA, ni ceux du RAD (Réseau Agriculture Durable), ni ceux de COHERENCE, ni ceux de VIVARMOR NATURE, ni ceux du Plan « Terre et Eau » tel Monsieur JOURNET, aucune allusion n’est faite à ce programme qui a fait l’objet d’une publication de l’INRA, publication qui montre les résultats obtenus sur les 27 exploitations qui ont été suivies tant sur le plan des nitrates, des pesticides et des résultats économiques et sociaux (emplois).
Aucune allusion aux exploitations du CEDAPA présentes sur les bassins versants et qui sont toutes indiquées pour servir de test sur ce qu’il faut faire.
D’où vient cet oubli ?
La commission s’est ainsi privée d’un apport considérable d’acteurs de terrain qui depuis 25 ans font la preuve qu’il est possible de préserver l’eau tout en assurant un revenu correct aux agriculteurs : les pionniers de l’agriculture durable gagnent un tiers de plus que les agriculteurs conventionnels et les chercheurs ont mesuré seulement 11mg de nitrates dans l’eau du Stanco sur le Haut Blavet et les pesticides étaient indétectables.
Développer les prairies à la place du maïs, c’est bien mais quelles prairies ?
Les prairies fertilisées à l’azote lessivent jusqu’à 160mg au litre d’eau. Seule la prairie à base de trèfle blanc qui capte l’azote de l’air est à vulgariser.
Le CEDAPA a la connaissance pour le faire.
CONCLUSION
L’absence d’audition par la commission de la mouvance agriculture durable et la non prise en compte de l’expérience du CEDAPA expliquent que le rapport ne fasse aucune allusion :
au système fourrager des bovins basé sur la prairie à base de trèfle blanc et le succès que connaît cette méthode en France et à l’étranger,
à l’élevage des porcs sur paille, condition de la pérennité de l’élevage porcin en Bretagne (bien-être animal indispensable à la conquête des marchés),
au cahier des charges du CEDAPA créé spécialement pour la reconquête de la qualité de l’eau et qui a été la mesure phare des CTE puis des CAD.
Mais puisque le rapport préconise des appels à projet, la voie est ouverte à ceux présentés par la mouvance de l’agriculture durable : CEDAPA pour les prairies, COHERENCE pour les porcs sur litière.
Au travail maintenant ! Encouragés par les 80 millions d’euros prévus sur 5 ans pour réorienter le modèle agricole.
André POCHON et Albert CORBEL de VivArmor Nature
André OLLIVRO de Côtes d’Armor Nature Environnement
Célestin LEROUX d’Eau et Rivières de Bretagne

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