Les candidat-e-s d’Europe Ecologie Bretagne se présentent : Mona Bras
Aujourd’hui, Mona Bras, tête de liste EEB des Côtes d’Armor
Brest-ouvert commence une présentation des têtes de liste départementales d’Europe Ecologie Bretagne. Merci aux candidat-e-s d’avoir bien voulu répondre à quelques questions.
Aujourd’hui Mona Bras, adjointe à l’identité et au patrimoine au conseil municipal de Guigamp, conseillère régionale, se livre au petit jeu de l’interview.

Brest-ouVert :
Membre de l’Union Démocratique Bretonne depuis plus 20 ans, tu en es aujourd’hui la porte-parole, qu’est ce qui te pousse, te motive à rejoindre Europe Ecologie Bretagne ?
Après avoir participé aux aventures humaines successives de BVUS, Bretagne verte unie et solidaire, dynamique de rassemblement des VERTS et de l’ UDB élargie aux composantes associatives et syndicales pour les régionales de 2004 avec le succès que l’on sait ; puis d’Europe écologie pour les européennes de 2009 ; le parti dont je suis aujourd’hui la porte-parole, l’ UDB, Union démocratique bretonne décidait après un débat préalable organisé sur le terrain dans les sections et fédérations, de sa stratégie pour les régionales 2010.
Pour des objectifs fixés lors de notre Congrès biennal de novembre 2008 de :
garder la Région Bretagne à gauche,
faire mieux prendre nos idées (écologie-autonomie-solidarités) dans le cadre du partenariat de second tour entre EE Bzh et le PS, pour les futures politiques régionales
réaffirmer notre volonté de voir la Bretagne réunifiée et donc refuser en Loire-Atlantique de participer à une liste hostile à la réunification de la Bretagne.
Les partis politiques, en effet, comme les associations, et les syndicats sont les endroits où se produit de l’intérêt collectif dans l’exercice de toute démocratie. Ce n’est pas pour rien que dans les Etats totalitaires règnent le parti unique, le syndicat unique, que les associations autorisées sont verrouillées et contrôlées par l’état.
Je porte donc l’espoir et le choix des militants de l’UDB qui ont choisi cette stratégie pour affirmer notre autonomie politique en restant dans la dynamique du rassemblement Europe écologie décliné au niveau régional.
Ce qui à mes yeux fait la force d’Europe écologie, c’est justement que c’est un rassemblement. Et si j’en crois la définition du mot : « Union en vue d’une action commune : rassemblement de toutes les énergies » elle me convient car un rassemblement n’a pas vocation fusionnelle, mais respecte ses différentes composantes dans leur diversité et leurs identités. En l’occurrence, il s’agit bien de rassembler les énergies complémentaires des Verts, de l’UDB, des forces syndicales et associatives autour d’un projet construit et porté ensemble. Le rassemblement Europe écologie Bretagne est plus que l’addition de ses composante, c’est la multiplication des énergies, des projets et des intelligences.
Pour moi, après les électrochocs des crises financière, économique, sociale, environnementale, culturelle auxquelles les électeurs ont répondu lors des européennes, Europe écologie Bretagne en Bretagne comme ailleurs, est le rassemblement qui peut donner l’opportunité d’être responsable de son devenir.
Responsable cela veut dire être en capacité de traduire le discours en actions dans les politiques régionales, donc d’en avoir les moyens normatifs et budgétaires.
Europe écologie sera, sur la proposition de R&PS et de l’UDB, la seule force politique en France à proposer le fédéralisme différencié comme système de gouvernance le mieux à même de permettre la conversion écologique de l’économie.
Je fais miens les discours d’Eva Joly et de Patrick Viveret : sur les 3200 milliards de dollars qui s’échangent quotidiennement sur les marchés financiers, seulement 2,7% correspondent à des biens et des services effectifs, donc à de l’économie réelle. Il s’agit bien d’une économie financière hors sol, déconnectée de l’économie réelle. Les chiffres du rapport du PNUD mettent en relation les deux milliards et demi d’êtres humains qui, bien que produisant des richesses alimentaires et culturelles, vivent avec un ou deux dollars par jour ; et les 225 personnes les plus riches qui disposent de l’équivalent du revenu des deux milliards et demi d’êtres humains.
Avec une réelle volonté politique, nous pouvons sortir de cette économie chimérique et mortifère, pour aller vers une nouvelle économie respectueuse des hommes, de l’environnement et des générations futures.
Avec le rassemblement Europe écologie Bretagne, nous avons la volonté de mettre en place des politiques régionales dans lesquelles nous insufflerons plus de Bretagne, plus d’écologie, plus de solidarité.
B.O. : Ton expérience d’élue locale est importante : peut elle s’avérer un atout supplémentaire pour agir au sein du Conseil régional ?
A cette expérience de terrain d’élue locale, je n’oublie pas d’ajouter mes expériences de syndicaliste et de militante associative et culturelle qui sont tout autant des atouts pour ne pas tomber dans le piège de la politique hors sol.
J’ai pu constater que ce qui a causé la fuite de l’électorat de gauche - et je pense surtout à celui qui ne se mobilise plus autour du PS depuis trois scrutins présidentiels - est lié au fait que lorsque la gauche d’un côté, fait des promesses qui se situent sur le registre de la générosité, du service, de l’écoute, de la solidarité et que de l’autre côté, le comportement de ses dirigeants et élus, et les politiques mises en place apparaissent en contradiction avec les valeurs affichées, le prix à payer est très fort. On ne peut pas affirmer une chose, proposer un projet politique et faire le contraire. Les gens sont de plus en plus sensibles à la cohérence entre le discours et l’action.
Nous avons donc l’obligation d’être cohérents, de donner l’exemple vivant des politiques que nous prônons : cela constitue une exigence politique absolument fondamentale. Mes différents engagements tant dans le monde syndical que culturel ou politique m’en font une obligation intérieure.
Le côté intéressant dans l’exercice de ces deux mandats, municipal et régional, c’est que d’un côté il y a réflexion générale autour de schémas régionaux, de l’autre il y a la mise en œuvre locale de ces politiques qui n’auraient aucun sens si elles n’étaient que locales et donc déconnectées du reste du territoire.
Je me souviens qu’au lycée public Pavie à Guingamp, en 1972, avec des camarades lycéens et lycéennes, nous organisions une marche de soutient jusqu’à l’abattoir Doux à Pédernec, en grève à cause des conditions de travail et de rémunération : les ouvrières s’étaient déjà signalées dans leur démarche d’émancipation en tant que femmes et travailleuses. Ainsi, au lieu de solliciter des blouses de rechange comme le faisaient les hommes, sachant qui lavait les vêtements à la maison, elles exigeaient une machine à laver à l’usine avec un salarié chargé du nettoyage....
Plus tard, ayant exercé le métier d’auxiliaire de vie sociale pendant dix ans, j’ai été déléguée du personnel et j’ai créé permanences syndicales et créé une section départementale CGT des travailleurs du maintien à domicile dans les Côtes d’ Armor. Les salariés et les usagers de ce secteur d’activité savent qu’ils peuvent encore compter sur moi. Il y a encore tant à faire dans ce domaine. Pour moi la dimension sociale est fondamentale, tout comme le sont les dimensions bretonne et écologique des problèmes.
B.O. : Comment imagines tu ton action au sein du conseil régional ?
Durant mon premier mandat j’ai siégé dans la commission des solidarités. Car même si la solidarité est une compétence des Conseils généraux, rien n’empêche, tant que la clause de compétence générale existe de se saisir de politiques qui nous paraissent essentielles pour renforcer la solidarité entre les individus et les territoires. L’exemple du travail mené par cette commission, dans le domaine de la santé publique en est un bon exemple.
Par ailleurs je me suis aussi beaucoup investie dans les groupes de travail Politique linguistique, Eau et environnement, Emplois associatifs.
Pour le prochain mandat, j’entends continuer à être présente sur ces dossiers.
B.O. : Et La Bretagne de demain, tu l’imagines comment ? J’imagine la Bretagne, réunifiée bien sûr, en laboratoire de mutation :
Celle du passage de la compétition à la coopération.
Nous avons des défis urgents à relever :
reconversion du modèle agricole indissociable de la reconquête de la qualité de l’eau
et de la juste rémunération du travail des agriculteurs,
autonomie énergétique et relocalisation des activités économiques et humaines,
vieillissement de la population et métiers autour du maintien à domicile,
formation professionnelle et reconversion vers des métiers nouveaux et non délocalisables,
maintien et renforcement des services publics de proximité,....
L’augmentation de la population annoncée comme inéluctable par l’INSEE, soit 350.000 nouveaux habitants en Bretagne d’ici à 2025 pose des questions. Ces flux migratoires positifs composés en majorité de retraités au pouvoir d’achat supérieur à celui des Bretons, ne peuvent masquer le phénomène continu d’exil des jeunes Bretons diplômés, contraints d’aller encore chercher ailleurs les emplois correspondants à leur niveau de qualification.
Ces flux, s’ils s’accompagnent du même modèle extensif d’urbanisation, coûteront à la Bretagne plus de 30% de son foncier d’ici 2025.
Est-ce acceptable ?
Alors que dans le même temps nous voulons aller vers la souveraineté alimentaire et énergétique, et que pour ce faire le foncier agricole disponible aujourd’hui en Bretagne doit être protégé de l’étalement urbain.
Nous devons accueillir, car demain les réfugiés climatiques viendront frapper à nos portes. Notre tradition d’ouverture au monde et de solidarité fera que nous tendrons la main à ceux qui auront fui des terres devenues inhabitables. Mais Il ne faudrait pas que nous ayons laissé la spéculation créer des ghettos pour riches dans les centres-villes et le long des côtes.
Il ne faudrait pas que nous ayons laissé se déliter ce réseau de villes moyennes et de bourgs qui font l’originalité de notre modèle d’aménagement.
Il faudra que la Bretagne face à l’abandon de l’Etat, se donne les moyens du maintien et du renouveau des services publics de proximité.
Les outils utilisables ne peuvent être créés que dans une Bretagne autonome : fiscalité différenciée, règles drastiques d’urbanisme opposables aux communes quant à la densité de logements à l’hectare et les quotas de logements sociaux.
Avec une Bretagne réunifiée disposant dans le cadre d ‘une république fédérale d’une gouvernance autonome : pouvoir de légiférer et budget digne de ce nom, nous aurons les moyens de faire du XXIè siècle le temps de l’homme réconcilié avec lui-même et avec son environnement.
Et cet environnement comprend la culture et les langues de Bretagne : breton et gallo. A l’instar de ce qui existe au Pays de Galles, en Corse, au Pays Basque, etc... tous les élèves de la maternelle à l’université, sur tout le territoire de la Bretagne, bénéficieront des effets du bilinguisme, voire du trilinguisme, précoce dès la maternelle. Une véritable radiotélévision publique régionale ouverte à l’information et aux cultures du monde, émettra en français, en breton, en gallo 7 jour sur 7.
De véritables filières (clusters), éloignées de l’esprit des pôles de compétitivité mis en place par l’ Etat, coopéreront pour valoriser les richesses de la Bretagne : énergies marines et renouvelables, alimentation, éco-construction ; nouvelles technologies ; etc...
La Bretagne de demain est celle de tous les possibles pour autant que nous nous en donnions les moyens.
L’adresse originale de cet article est http://www.brest-ouvert.net/article7472.html

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