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Intervention du Secrétaire Régional des Verts/Colloque Vent d’Ouest/ Lorient 27/08/09

samedi 29 août 2009

Lors du Colloque Vent d’Ouest qui s’est tenu à Lorient le 27 août 2009, Stéphane Bigata, secrétaire régional des Verts Bretagne, était invité à intervenir. Voici le texte de son intervention.

Tout d’abord je voulais remercier nos hôtes, non seulement de m’avoir invité mais surtout d’avoir organisé ce genre de rencontres qui sont indispensables à la construction collective d’un projet susceptible de recevoir l’approbation des Français.

Ici, invité par Vent d’Ouest, association proche du Parti Communiste Français, on peut dire des gros mots. Rassurez vous, les gros mots dont je parle c’est, par exemple, lutte de classes ; idéologie ; égalité, le genre de mots qu’on ne prononce plus qu’à ses risques et périls. Ou encore mondialisation qui n’est pas un gros mot pour moi mais peut en être un pour vous, ou croissance qui est un gros mot pour moi mais pas pour vous. Vous noterez toutefois que je ne parlerai ni de centralisme démocratique ou de dictature du prolétariat...

Alors commençons par la lutte des classes : pour reprendre le mot de Ken Loach, moi je cesserai de croire à la lutte des classes à l’instant même où Nicolas Sarkozy cessera d’y croire lui même. La position partisane de Sarkozy, allant systématiquement dans le sens de l’intérêt des plus riches, en utilisant toutes les ruses qu’autorise la rhétorique pour dissimuler le sens réel de son action, parle en faveur de sa conviction de classe. Il ne change pas. Comme il ne change pas, nous non plus. Nous sommes donc sur le terrain de la riposte. Pour nous la lutte des classes est un élément structurant du changement social, et à ce titre, c’est une constante avec laquelle nous pouvons construire ensemble. Mais nous savons maintenant que ce n’est qu’un de ces éléments structurants.

Pour les Verts, mais aussi pour des écologistes moins engagés à gauche comme Nicolas Hulot aujourd’hui, le libéralisme est clairement identifié comme adversaire de l’intérêt collectif, qu’il soit écologique, économique ou social. C’est sur cette base, idéologique, le deuxième gros mot, qu’une alliance entre la gauche et les écologistes est possible et peut se construire.

Pour nous l’écologie politique est une idéologie dans la mesure où c’est un système et une méthode permettant d’aborder les questions politiques, d’expliquer la situation constatée, d’envisager le moyen d’y remédier et de la changer.. Mais qui dit idéologie ne dit pas forcément dogme.

Si nous avons en commun la défense d’intérêts collectifs nous avons des différences sur la façon dont sont organisées les priorités. Longtemps vous avez pensé, peut-être pensez-vous encore, que l’existence même d’un parti écologiste était une incongruité, puisque chacun des partis pouvait être, en plus du reste, écologiste. Et bien, pour nous l’émergence de la question écologique a posé une nouvelle exigence, une exigence de 1er rang, une exigence idéologique qui devrait amener chacun de nos partis à avoir un projet cohérent où la crise écologique constitue le point central sur lequel se bâtit le reste du projet social et économique. Nos partenaires de gauche ne l’ont pas fait. Mes amis, je comprends bien que vous nous trouviez immodestes, mais nous vous le disons avec force : plus vite vous intégrerez cette notion de la centralité de la question écologique, plus vite la gauche réussira à gagner. Le logiciel libre de l’écologie politique est un logiciel libre et c’est le logiciel du 21ème siècle qu’on le veuille ou non. C’est désormais également une condition de la victoire. Autrement dit les écologistes sont de gauche ... la gauche est-elle vraiment écologiste.

En attendant nos projets sont compatibles, mais seulement compatibles.

Parlons du troisième gros mot, l’égalité. Pour nous aujourd’hui la différence en terme de sécurité (disons de guerres pour être clair), de sécurité sociale, de santé, de conditions de vie et de conditions de travail entre les gens qui peuplent le sud de la planète et ceux qui peuplent le nord de la planète est un problème prioritaire. Peut on continuer à admettre que la coopération représente 0,2 ou 0,5 % de notre effort budgétaire ? Pire, peut-on accepter que cela ne représente que quelques lignes dans nos programmes politiques.

C’est juste une question d’égalité. La révolution française dont nous nous réclamons a eu lieu parce qu’il y avait un problème d’égalité, une injustice faite à tous parce que certains avaient trop de privilèges Nous sommes exactement dans la même situation aujourd’hui. Et un républicain ne peut avoir d’autres priorités que le combat contre cet apartheid planétaire.

Oui, oui, cent fois, « nous pouvons accueillir toute la misère du monde ». c’est notre devoir, c’est notre révolution du siècle, la révolution écologique. Alors, oui, discutons comment. Il ne s’agit évidemment pas de favoriser, ni d’empêcher d’ailleurs, la migration des populations, ni de prendre aux pauvres ici pour donner aux riches là bas. C’est juste l’inverse. Changer ici ce qui fera changer là bas.

Chacun devra participer à cet effort dans le cadre d’un projet écologique réduisant drastiquement notre empreinte écologique au Nord pour permettre au Sud d’accéder au minimum d’égalité dont nous allons avoir à fixer le seuil en terme écologique justement.

Ça c’est la mondialisation, avec de l’échange et du partage. Il faudra aussi montrer, comme on dit, notre solidarité pour changer les choses là bas et cela ne se fera pas sans gros efforts, gros impôts, grosse réduction de notre consommation.

Ça enchaîne bien pour la fin des gros mots : la croissance. Ou plutôt, nous, les écolos on va parler de décroissance. Nous, on appelle cela la décroissance de l’empreinte écologique. Cette décroissance de l’empreinte écologique est rendue indispensable suite à nos cent dernières années de con,sommation insouciante des ressources considérées comme infinies, de progrès techniques considérés comme justifiés dés qu’ils génèrent une croissance, d’absence de gestion des risques.

La décroissance de notre empreinte va avoir un coût drastique pour nos modes de vie car elle doit combiner deux objectifs sensiblement antagonistes : elle doit sauvegarder l’avenir de la planète notamment en ce qui concerne le climat et l’effet de serre, en entrant dans un cycle vertueux fait de restrictions d’accès aux ressources, et elle doit, en même temps, permettre aux pays du sud de combler leur retard, alors même que leur démographie ne décroîtra que proportionnellement, c’est à dire lentement, à leur évolution économique.

Cette double exigence va nous contraindre à réduire considérablement notre empreinte écologique. C’est pourquoi nous parlons d’urgence écologique : nous sommes très, très loin d’être à la hauteur de ces enjeux.

A dire vrai, et là je quitte la langue de bois verte qui ne fait que parler de « décroissance de l’empreinte écologique », moi je pense que cela n’est pas atteignable sans décroissance tout court. C’est bien pourquoi d’ailleurs la question du partage des richesses ici devient une question bien plus cruciale qu’elle ne l’était auparavant. Quant à parler de « croissance verte » comme le propose le projet de nos amis socialistes, ou Claude Allègre, nous pensons que c’est absolument inadapté, que cela induit les gens en erreur, dans la forme comme dans le fond.

Il n’y aura pas de croissance verte. Il y aura une reconversion économique et industrielle, qui sera difficile, douloureuse où les emplois seront certainement plus du côté des énergies renouvelables, de l’agriculture bio, ou du transport en commun. Mais cette reconversion viendra, au mieux, compenser la fin de la surconsommation, l’approche individuelle et individualiste de l’accès aux ressources, les déplacements inutiles et incessants.

La « pseudo « croissance verte » n’a rien à voir avec un tel projet. Elle entretient un mythe, celui d’une disponibilité infinie de la ressource. A ce sujet nous craignons, et je prends rendez-vous là dessus, que n’éclate à nouveau une bulle, « verte » cette fois, comme a éclaté dans les années 2000 la bulle internet ou cette année la bulle financière. Nous sommes dans un monde irrationnel.

Nous devons inventer une nouvelle conception du bonheur basée sur l’accession de tous à cette richesse collective et non plus sur l’accumulation individuelle de biens et de services. Ce doit être un projet construit démocratiquement, collectivement, où l’individu doit être respecté, mais où celui-ci doit respecter l’intérêt de tous. Et, franchement, en passant, c’est pas de l’écologie, c’est du communisme. Vous voyez que l’on pourrait aller plus loin ensemble, à condition que nous revisitions et renforcions la démocratie.

Pour nous, il ne s’agit pas seulement d’un respect des règles électives ou informatives mais d’une démocratie renouvelée dans le cadre d’un nouveau trade unionisme nous rapprochant enfin d’une forme de social démocratie écologiste.

C’est cette forme de coalition à géométrie variable que cherche à produire Europe ecologie. Nous voulons rassembler tous les éco-acteurs qui ne se sentent plus représentés par les partis politiques, tous ceux qui dans une association, un syndicat, un collectif plus ou moins spontané, veulent agir pour un autre monde sans se sentir embrigadés, ou contraints de soutenir des positions qu’ils ne partagent pas. Nous cherchons à construire un réseau-mouvement, chargé de faire société avant de faire politique.

Ce sera une fédération souple d’individus, de groupes et de cultures, dont la construction nous fait penser à celle du socialisme au début du siècle dernier, quand il s’agissait de fédérer les premiers syndicalistes, coopérateurs, intellectuels 30 ans après la révolution industrielle et ses premiers théoriciens.

Nous travaillons à cet Objet Politique non Identifié qui naît du 7 juin dernier et qui clôt le cycle précédent, celui des alliances qui vit les Verts participer au gouvernement Jospin.

Le débat entre gauche plurielle et « ni droite, ni gauche » est dépassé, la crise écologique, économique et sociale a rendu ce débat obsolète. Les écologistes ne seront plus des supplétifs qu’on aura chargé de verdir une équipe de gauche en échange de quelques espaces verts, et d’une nouvelle protection des grenouilles menacées par l’autoroute.

L’écologie n’est pas pour autant à marier avec une droite dont les valeurs, comme je l’ai expliqué tout à l’heure, sont historiquement incompatibles avec le projet planétaire égalitariste de tout véritable écologiste.

Le projet Europe Ecologie est donc un projet à vocation tôt ou tard majoritaire et où les écologistes oeuvrent à obtenir un leadership pour constituer le nouveau pivot autour duquel s’organisera le projet. C’est bien sûr une immodestie. Elle nous est dictée non pas par un résultat qui sera immédiatement difficile à reproduire, mais par une urgence écologique dont la majorité de notre population prend aujourd’hui conscience.

L’autonomisation de la société, la lutte pour une égalité au niveau planétaire, la fin du pillage des ressources, la sauvegarde de la biodiversité, la lutte contre le culte de la consommation et l’idéologie de la croissance infinie, la reconversion écologique de l’économie, voilà de quoi nous voulons parler avec nos futurs partenaires.

Si nous pouvons parler réellement et sérieusement de ces sujets, tenter un construit collectif sur des bases de ce type, alors nous pourrons élaborer un projet de gestion de nos territoires, et réaliser des contrats de majorité. Nous y sommes prêts dés aujourd’hui, et prêts pour cela à parler avec tous les partenaires soucieux de démocratie sociale, susceptibles de s’engager sur une telle voie. Mais cela devra se faire loin de toute vassalisation et de tous marchandages de couloir ou tentatives de déstabilisation, cela étant valable pour chacun des partenaires.

Bien sûr, chers amis, nous avons des années de travail commun ensemble. Nous n’allons pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Nous revendiquons globalement ce que nous avons fait ensemble et tout particulièrement certaines parties que nous avons inspirées ou initiées. Mais, disons-le, notre objectif de vous faire partager cette vison centrale d’un avenir pensé sur la base d’une problématique écologiste, est jusqu’à maintenant raté. Mais je pense que la politique nous apprend plus à rater qu’à réussir, aussi nous ne désespérons pas. Pour ma part, si aujourd’hui je ne vous ai pas convaincu, j’espère juste rater mieux à l’avenir.

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Bretagne Ecologie - http://bretagne-ecologie.info