L’eau dans l’habitat : gestion économe et qualité
L’eau demeure la grande oubliée des deux domaines de l’écologie domestique : la nutrition et l’éco-habitat. Cependant, une prise de conscience « écologique et sanitaire » de l’importance de l’eau se développe.

un article de Yann Olivaux
paru dans Biocontact N°187 de janvier 2009
Pour comprendre les enjeux quantitatifs et qualitatifs des eaux domestiques, il faut partir des chiffres de la consommation française d’eau.
La consommation d’eau
Prenons d’abord ceux des trois secteurs d’activité économique (agriculture, industries, domestique) donnés par deux sources d’information pour l’année 2001.
| Année 2001 | AGRICULTURE | INDUSTRIES(dont énergie) | DOMESTIQUE |
|---|
| RNDE ( [1])) | 49 % | 26 % | 25 % |
| CIEau/BRGM ( [2]) | 68 % | 8 % | 24 % |
Nous constatons des différences sensibles entre ces deux sources pour les secteurs agricole et industriel. En revanche, elles indiquent qu’un quart de l’eau consommée en France est utilisé pour satisfaire nos besoins quotidiens domestiques.
Le chiffre le plus couramment donné par l’Insee sur notre consommation quotidienne d’eau est 150 litres par personne, soit environ 55 m3 par habitant et par an. Pour un foyer français de quatre personnes, cela correspond à une moyenne de 120 m3 par an.
D’autres sources ( [3]) indiquent que chaque Français consomme en réalité environ 100 litres d’eau par jour, soit 36,5 m3 par an, et chaque foyer, qui correspond en moyenne nationale à 2,4 personnes, utilise aux alentours de 88 m3 d’eau chaque année.
Les utilisations domestiques se répartissent en six postes principaux
| Hygiène (douche, bain) | 30 à 40 % |
| Toilettes | 20 à 25 % |
| Linge | 12 à 15 % |
| Vaisselle | 10 à 15 % |
| Eau alimentaire (boisson, cuisine) | 3 à 6 % |
| Jardin, nettoyage, divers | 12 % |
La panoplie des économies d’eau
Chacun d’entre nous dispose de nombreux moyens pour limiter sa consommation en eau (idées insuffisamment répandues dans l’esprit d’un large public)
De plus, notre consommation quotidienne en eau domestique ne représente qu’une petite fraction (1/30e à 1/40e) de notre empreinte personnelle sur l’eau ( [4]). En effet, la majorité des gens n’ont pas conscience des quantités énormes d’eau prélevées pour produire leur nourriture, leurs vêtements et tous les autres biens de consommation courante ; c’est ce qu’on appelle l’eau virtuelle. En d’autres termes, nous « mangeons » ou « utilisons », via les produits manufacturés, plus d’eau que nous n’en buvons.
Voici dix conseils simples pour diminuer de 30 à 40 % sa consommation d’eau ( [5]) :
1. Limiter la pression du réseau : celle-ci est généralement de 3 bars et les équipements sanitaires conçus pour fonctionner à cette pression. Au-delà,
poser un réducteur de pression en amont de votre distribution d’eau. (Exemples pour un robinet : 6 bars = 24,5 l/min ; 3 bars = 17 l/min.)
2. Limiter le volume des toilettes : Les toilettes sont le premier poste sur lequel nous pouvons agir facilement.
WC réservoir de 9 litres : 79 m3/an ; de 3/6 litres : 35 m3/an.
D’application simple en milieu rural, l’utilisation des toilettes sèches pose la question de l’assainissement écologique de nos eaux usées, y compris dans les villes ( [6]).
3. Limiter le débit : On peut agir sur les quantités d’eau puisées au moyen de divers dispositifs :
les mitigeurs mécaniques, équipés de butée de limitation de débit ou qui agissent sur la durée d’utilisation (robinet temporisé) ;
les dispositifs de réduction de débit que l’on positionne au nez du robinet et qui permettent de maintenir un débit constant de 6 à 8 l/min au lieu de 12 ;
les embouts-mousseurs, qui se placent également au nez du bec de la robinetterie et permettent de passer de 17 à 12 l/min ;
les douchettes équipées d’un limiteur-régulateur, qui adaptent le débit à environ 12 l/min contre 20 pour une douchette ordinaire, et celles dites à turbulence (fractionnement des gouttes d’eau), qui consomment 8 l/min.
4. Agir sur la distribution d’eau chaude sanitaire : Nous pouvons également agir sur les consommations d’eau sanitaire par des règles simples (de plus, c’est une double économie sur les factures d’eau et d’énergie) :
utilisation de mitigeurs thermostatiques : un mitigeur économise 10 % d’eau et un robinet thermostatique jusqu’à 30 % par rapport à un robinet mélangeur classique ; ils se positionnent le plus souvent sur la douche ou la baignoire ;
distribution d’eau chaude sanitaire : regrouper les réseaux en étoile autour du point de production d’eau chaude sanitaire et isoler les canalisations (épaisseur d’au moins 20 mm) ;
double alimentation en eau froide et eau chaude de votre lave-vaisselle si l’eau chaude ne provient pas d’un appareil électrique (car 70 à 80 % de la consommation d’énergie du lave-vaisselle sert à chauffer de l’eau) ;
utilisation d’un vase d’expansion : il permet de diminuer les pertes d’eau dues à l’échauffement de l’eau dans un chauffe-eau à accumulation (3 % du volume).
5. Choisir des appareils ménagers sobres : Regardez, avant d’acheter, l’étiquette énergie ou l’écolabel européen qui indiquent la consommation d’eau des appareils : un lave-linge performant consomme environ 40 l d’eau pour une lessive sans prélavage, un lave-vaisselle sobre seulement 15 l contre 18 pour une vaisselle à la main.
6. Traquer les fuites : On estime qu’elles représentent, en France, entre 20 et 50 % (fuites diffuses) des quantités d’eau distribuées dans le réseau, auxquelles s’ajoutent les fuites chez le particulier. Par exemple, un robinet qui goutte gaspille de 5 à 20 m3 par an, une fuite de chasse d’eau, de 30 à 250 m3 par an d’eau potable !
Noter le relevé du compteur le soir et le reprendre le matin permet de repérer rapidement une fuite, d’intervenir vite et de limiter le gaspillage.
7. Préserver l’eau en polluant moins : Certains produits (ménagers, de bricolage…) provoquent des pollutions dangereuses, difficiles et coûteuses à éliminer.
8. Récupérer et valoriser l’eau de pluie : L’eau de pluie, ressource gratuite et de meilleure qualité que la plupart des eaux telluriques, permet différentes valorisations (du jardin jusqu’aux différents usages à l’intérieur du bâti). Cette pratique de gestion de l’eau à la parcelle, essentiellement appliquée en milieu rural et périurbain, offre de nombreux avantages écologiques, socio-économiques et sanitaires ( [7]).
9. Economiser l’eau au jardin : Pour économiser 15 à 20l/m3 d’eau de votre jardin :
utiliser l’eau de pluie, réutiliser les eaux de lavage de légumes et de cuisson ;
arroser le soir et au pied des plantes pour limiter l’évaporation ;
utiliser l’arrosage « goutte-à-goutte », qui délivre la quantité d’eau nécessaire à chaque plante.
10. Agir sur notre empreinte en eau : A travers nos habitudes consuméristes, nous pouvons sensiblement modifier notre consommation d’eau virtuelle. Prenons l’exemple du mode de nourriture : 1 kg de blé nécessite l’utilisation d’environ 1 500 l d’eau, 1 kg de bœuf en requiert 10 fois plus.
Quelle qualité d’eau alimentaire ?
Il existe aujourd’hui une timide amorce de prise de conscience du lien entre la dégradation marquée de la qualité des eaux brutes (superficielles ou souterraines) et son impact sur l’eau alimentaire. Plus précisément, l’utilisation de techniques sophistiquées et coûteuses de dépollution des eaux brutes pour produire de l’eau potable nous offre-t-elle des garanties sanitaires suffisantes à long terme ? Car l’eau alimentaire constitue in fine notre eau corporelle, c’est-à-dire notre matière intime à 60 %. Ainsi, l’eau que nous polluons sera un jour notre eau intérieure.
Toujours est-il que les normes EDCH (eaux destinées à la consommation humaine) ne prennent pas en compte les effets incontestables des faibles doses des polluants et de la synergie entre certains d’entre eux.
Les offres d’eau alimentaire sont de trois types :
l’eau du réseau, qui provient d’eaux superficielles ou souterraines qui seront traitées pour satisfaire aux 31 paramètres de limites de qualité des EDCH, incluant l’eau alimentaire ;
les eaux embouteillées, c’est-à-dire les eaux de source d’origine souterraine unique ou multiple à minéralité variable, eaux minérales provenant de sources profondes dont la minéralité, peu ou très élevée selon les marques, doit être constante et eaux purifiées par osmose inverse à partir du réseau ;
les eaux purifiées : les procédés de purification de l’eau (PPE), principalement par carafes filtrantes avec charbon actif mais aussi par filtration via une membrane d’osmose inverse, traitent l’eau du réseau, l’eau de pluie ou encore l’eau de puits de façon plus ou moins efficace selon la technique choisie.
Les enjeux économiques de l’approvisionnement en eau de boisson sont tels qu’une véritable « guerre commerciale » oppose depuis plusieurs années le lobby de l’eau du robinet à celui des embouteilleurs. Aujourd’hui, crise oblige, les ventes d’eau en bouteilles connaissent en France une chute régulière.
Mais quels peuvent être les critères pertinents pour choisir l’un de ces trois types d’eaux ?
économique : l’eau du réseau est au minimum cent fois moins chère que le premier prix d’une eau de source. Si vous utilisez des PPE, il faut inclure au prix d’achat celui des consommables et de la maintenance. Avantage indéniable pour l’eau du réseau ;
écologique : les eaux en bouteilles nécessitent du pétrole pour fabriquer le contenant plastique (PET), du transport… Les filtres des PPE sont rarement recyclables. Avantage ici encore en faveur de l’eau du robinet ;
sanitaire : ici, les choses se compliquent car nous proposons le concept innovant d’eau biocompatible pour qualifier une eau alimentaire. Que signifie-t-il ?
L’eau biocompatible : de la potabilité à la salubrité
Un spécialiste en la personne du docteur Claude Danglot (docteur en médecine et hydrologue) nous fait remarquer qu’il n’est plus possible de boire aujourd’hui de l’eau non polluée et indique qu’il existe deux définitions de l’eau potable, non superposables :
une définition réglementaire : une eau potable est une eau conforme aux normes réglementaires. Dans cette optique, l’eau du robinet et les eaux minérales embouteillées sont généralement potables, sauf accident ;
une définition médicale : une eau potable est une eau qui ne rend pas malade, même à long terme. Dans cette optique, ni l’eau du robinet ni les eaux minérales embouteillées ne sont potables, sauf exceptions.
A partir de ce positionnement singulier et tout à fait réaliste, la notion d’eau biocompatible inclut trois paramètres : une lecture critique de la notion de potabilité, la question de la pureté de l’eau à boire au quotidien, la structuration (ou dynamisation) d’une eau via des procédés de structuration de l’eau (PSE).
Les 31 paramètres définissant la potabilité de l’eau ne prennent pas en compte la plupart des polluants tels que les résidus de médicaments d’origine humaine ou vétérinaire. De plus, la simple quantification des polluants et de leurs effets immédiats ignore les impacts à moyen et long termes des faibles doses, de l’accumulation et de la synergie entre certaines substances.
Le problème du degré de pureté souhaitable de l’eau renvoie à deux interrogations : tout d’abord, quelles sont les techniques de purification de l’eau garantissant une qualité sanitairement satisfaisante de celle-ci ? Ensuite, les minéraux dans l’eau sont-ils assimilables, en totalité ou partiellement ?
Le troisième point concerne la « dynamisation » de l’eau. Il existe, en effet, de nombreux PSE. Ces systèmes, de nature mécanique, électromagnétique, chimique ou autre, structureraient les molécules d’eau ou en modifieraient les propriétés physiques ou chimiques. Chaque procédé présente des allégations physicochimiques sur les propriétés spécifiques et biologiques de l’eau produite qui attribuent des vertus sanitaires à l’eau modifiée.
En résumé, raisonner en termes d’une eau compatible avec la vie revient à passer du paradigme actuel sur l’eau potable, qui ne doit pas nuire à la santé, à celui d’eau salubre, qui favorise la santé.
Quelle eau boire ?
Au final, nous pouvons résumer, à l’aide du tableau 3, notre grille d’analyse en croisant les trois critères de sélection (économique, écologique et sanitaire) avec quatre types d’eau.
| |CRITÈRES|http://www.ec-eau-logis.info ] (récupération eau de pluie)
www.eauxglacees.com (politiques publiques de l’eau et économie)
www.aqueduc.info (économie, géopolitique, écologie)
Source : Biocontact N°187 de janvier 2009L’adresse originale de cet article est http://www.brest-ouvert.net/article5984.html
[1] Le RNDE (Réseau national des données sur l’eau) est un protocole commun de mesures adoptées par différentes institutions (ministère de l’Environnement, ministère de la Santé, Agences de l’eau…
[2] Le CIEau (Centre d’informations sur l’eau) est une structure d’information grand public créée par les opérateurs de l’eau (Veolia, Lyonnaise des eaux, Saur). Le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) est un établissement public placé sous la tutelle du ministère délégué à l’Enseignement supérieur et à la Recherche et du ministère de l’Environnement, du Développement et de l’Aménagement durables
[3] Sources : www.economie.eaufrance.fr et http://seaus.free.fr
[4] Source : www.aqueduc.info
[5] Source : www.ademe.fr
[6] Source : www.tdm.asso.fr
[7] Voir www.ec-eau-logis.info (récupération eau de pluie), « Utiliser l’eau de pluie », La Maison écologique, n° 44, avril-mai 2008 et « Précieuse eau de pluie », Biocontact, n° 137, juin 2004, pages 27-30

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